Na de zaak Fabre: nood aan een cao MeToo

De Nederlandstalige opinie lees je hier.

De Franstalige versie: #MeToo : il est temps de créer officiellement des « safe spaces »


Tom Naegels avait fait une réflexion concernant le débat sur le racisme dans le journal De Standaard : il comprend la colère mais quid du plan d’attaque (DS, 24/08) ? Cette question peut évidemment se poser suite à la lettre ouverte qu’ont courageusement écrite des danseurs au sujet de Jan Fabre : que veulent-ils alors ? Le ministre avait déjà proposé un plan d’actions après l’affaire De Pauw. Les partenaires sociaux œuvrent en ce moment à améliorer les règlements de travail des organisations et à développer des codes d’intégrité ainsi que des procédures de dénonciation en cas de problème.

Néanmoins, cela ne suffit pas. En effet, les plaintes sont toujours reçues sous la forme de dossiers individuels. Mais comment changer ce qui se passe sur le terrain, dans n’importe quelle petite organisation, sans structure syndicale ? Comment faire en sorte que les collaborateurs des organisations puissent discuter librement avec les directions ? Qu’ils aient un droit de réponse, sans esquiver la problématique, sans l’étouffer ? Comment faire pour qu’ils puissent demander de l’aide et qu’ils soient protégés ? Pour que des mesures soient prises après une telle intervention ? Il est possible d’améliorer cette autonomisation, cet empowerment. Surtout dans les organisations que ne comptent pas de « safe space » syndical. Nous en comptons tout de même 500 environ dans le secteur artistique. Celui-ci est à la traîne par rapport au monde du cinéma et au milieu socio-culturel.

CCT MeToo

Aujourd’hui, on se retrouve vite dans un cercle sans fin : les victimes sont renvoyées vers les tribunaux, où d’aucuns leur disent qu’elles doivent d’abord suivre une procédure interne. Celle-ci connaît des ratés. Le syndicat a dû réclamer le règlement de travail de l’organisation Fabre en passant par l’inspection sociale. Les danseurs ne l’avaient pas. Il est apparu qu’il avait été modifié récemment au niveau des dispositions contre le harcèlement et ce, à l’insu du personnel. À la lumière des témoignages de la lettre ouverte, Jan Fabre a violé son règlement de travail actuel à plusieurs niveaux.

Comment se battre quand on est un jeune freelance étranger, avec un contrat précaire ? Ou un intérimaire ? Comment faire pour que l’on vous prenne au sérieux ? Les syndicats ne veulent pas de procès mais ils souhaitent permettre une concertation sociale professionnelle entre les collaborateurs et les employeurs. Le renvoi de ce genre d’affaire devant un tribunal est de toute façon un aveu de faiblesse et il montre que le secteur manque à ses devoirs. La lettre ouverte vise donc, à juste titre, à établir une meilleure réglementation contre le sexisme, comme une nouvelle convention collective de travail. L’affaire Fabre peut servir d’exemple à la commission paritaire du secteur : qu’est-ce qui fait défaut ? Comment résoudre le problème ? Comment se fait-il que ces excès aient duré des années ? Parce que ce qui se passait chez Fabre était un secret de Polichinelle.

Coalition de volontaires

Bonne nouvelle : les fédérations patronales reconnaissent le problème et plaident pour la tolérance zéro. Chaque affaire est une affaire de trop, semble-t-elle affirmer. Leen Laconte, directrice de la Werkgeversfederatie kunstenorganisaties (fédération patronale des organisations artistiques – oKo) s’est peut-être montrée sceptique quant à l’enquête sur le harcèlement dans les médias et le secteur de la culture, révélée par le ministre flamand de la Culture, Sven Gatz, juste avant l’été (DS 27/06). Il est compréhensible qu’elle veuille relativiser l’ampleur du problème. Néanmoins, le caractère scientifique et sérieux de l’enquête ne laisse aucune ambiguïté : les seuls chiffres absolus montrent qu’il s’agit de plusieurs dizaines de personnes ayant signalé des faits très sérieux. Entre-temps, d’autres études en Belgique et à l’étranger ont confirmé les résultats. Cette enquête a aussi produit ses effets puisqu’elle a poussé les auteurs de la lettre à mettre fin à la culture du silence et à lancer un débat public.

Les partenaires sociaux veulent aller de l’avant et ils ont déjà pris plusieurs dispositions en matière de sensibilisation et de formation. Néanmoins, au niveau de la concertation sociale, nous pouvons dire qu’il reste du pain sur la planche. Le ministre partage d’ailleurs cet avis. Pour certains employeurs, les choses ne vont pas assez vite : ils essaient eux-mêmes de pousser à plus de transparence et de liberté de parole. C’est maintenant qu’il faut agir. D’autres préfèrent attendre la fin de la « vague MeToo » : ils se barricadent et se retranchent derrière leur pouvoir. Leur devise ? Se taire, pour éviter de nuire à l’image du secteur. Et pourtant, c’est justement en étouffant l’affaire que l’on crée un vivier propice aux excès qui entachent la réputation de notre secteur.

Un petit club de privilégiés

Une fédération patronale ne peut conclure des conventions collectives de travail au niveau sectoriel qu’à la condition d’être mandatée. Est-ce qu’un petit club de privilégiés freinerait l’initiative en coulisse ? Les membres de la fédération devraient pouvoir interpeller leur Conseil d’administration. Par ailleurs, les travailleurs peuvent aussi insister auprès de leur employeur. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’un dialogue constructif, qui montre comment le monde artistique peut aussi endosser le rôle de précurseur, s’attaquer au problème et trouver des solutions structurelles.

Heureusement, certaines organisations (comme une compagnie de danse, un théâtre, un atelier socio-artistique) font figure d’exemple. Elles veulent déjà négocier une CCT #MeToo dans leur organisation. Les artistes et le public peuvent exhorter les autres organisations à suivre ces bonnes pratiques. Tous ceux qui veulent rejoindre les rangs de cette « coalition de volontaires » sont les bienvenus !

 

Robrecht Vanderbeeken, responsable des travailleurs dans le secteur de la culture ACOD Cultuur/ABVV

Ine Hermans, responsable des travailleurs dans le secteur de la culture LBC-NVK/ACV

Tommy Jonckheere, responsable des travailleurs dans le secteur de la culture ACLVB